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mardi 12 mai 2020

Gratitude




Terre, ma Mère, ta peau douce
-je l’aime.
Terre, ma Mère, ta peau douce
-meurtrie par endroits, comme moi-
Je l’aime !
Mes doigts sur la mousse, la rosée au bout de l’herbe
-Merci.
Terre, ma Mère, tu enfantes
- silence, silence,
et puis chant de rivière-
des arbres, des arbres, herbes, lichens-
Frères, frères, frères ! -Soudain passe un chat-
Frère !
Ciel, mon Père, le bleu de tes yeux
-je l’aime.
Ciel, mon Père, ta liberté
-blessée par endroits, comme moi-
Je l’aime !
Tes oiseaux avec mon rire -Merci.
Ciel, mon Père, tu veilles
-silence, silence,
et puis chant du Soleil.
Pas un nuage, bleu Lumière -Amour, amour, amour !
Terre ma Mère, Ciel mon Père,
moi l’enfant des étoiles lointaines
adoptée par vous –AMOUR-
Mon cœur-tambour roule vers vous
son chant massaï –Gratitude





Poème : Héloïse Combes 2020
Tous droits réservés

dimanche 15 décembre 2019

Les Sentiers du Coeur

Héloïse vit désormais retirée dans les Cévennes à l'abri des ondes (elle a traversé une grave crise d'électrosensibilité et va mieux à présent).
Elle n'a plus d'accès ordinateur mais publie un bulletin trimestriel papier : Les Sentiers du Cœur. Il y est question de poésie, de forêts, de rivières, de fées, de son expérience vers la guérison, de recettes de "sorcière", des chemins conduisant à un monde Nouveau. Vous pouvez le commander en lui écrivant par voie postale à l'adresse de l'association qui fera suivre.
Héloïse Combes
Association le Maison de Clochette
91 impasse du Rû
34730 Prades-le-Lez


mercredi 4 juillet 2018

L' Indomptable



C'est ma solitude qui se donne à l'eau vive,
C'est la part de l'ange qui survit en chaque homme,
C'est l'enfant rom qui vit à la fois au coin de la rue et en moi,
ses chants qui fusent comme un soleil de sa poitrine et ses larmes de sang qui rougissent la face du monde car il n'y a pas, non il n'y a pas de clandestins ni de malvenus sur la Terre, seuls devraient avoir honte ceux qui croient aux frontières.
C'est la lionne qui se laisserait mourir plutôt que renoncer à l'odeur d'herbe grillée de la savane, à ses étendues chauffées au fer roux du couchant.

C'est Jean-Sébastien Bach qui s'incline face au silence,
C'est le vieux peintre chinois qui devient le cèdre qu'il peint,
C'est la pivoine qui se défait de ses pétales et meurt sans un soupir d'auto-apitoiement.
C'est la mère jeune qui accouche dans une étable,
C'est le père qui ouvre les bras à l'enfant qu'on lui tend et qui n'est pas de lui,
C'est le fils vagabond aux yeux trop grands ouverts.
C'est la grande Histoire de tous et la petite musique de chacun.

C'est la fillette qui rit pour conjurer la peur,
C'est le violon tzigane qui se cabre comme un mustang sauvage,
C'est le soldat qui pose son arme pour caresser le chien qui passe,
C'est la nonne tibétaine qui prie pour ses geôliers,
C'est la voix du muezzin qui emplit la rue blanche,
C'est l'humanité entière qui dit oui à la mort par amour de Vivre,
C'est l'arbre qu'on va abattre et qui libère au vent ses graines et ses oiseaux,

C'est ce qui en chacun refuse, farouche, la haine, le profit, le contrôle des idées et l'aseptisation du monde.
Que rugissent les lions, que l'ange gonfle nos cœurs, que les violons hennissent
et que jamais ne cède
L'Indomptable.  

Héloïse Combes, 4 juillet 2018.

dimanche 12 juin 2016

Poèmes d'une petite bergère



Soleil


   « Tu es le soleil », je lui ai dit. 
« Non, il a répondu, 
Je suis triste. 
Le monde m'agresse 
Et mes idées sont noires. »

« C'est bien ce que je te disais. 
Le soleil brille malgré lui 
Quels que soient les drames du monde. 
Pour irradier ainsi lorsque tu désespères, 
Il faut que tu sois le soleil. »

Alors il a bien voulu me croire. 
Il a ressorti son tambour 
Et il a fait exploser 
Tout  son or en éclats 
Comme un feu d'artifices.


Héloïse Combes- tous droits réservés



Mes Poèmes d'une petite bergère devraient paraître dans la semaine aux éditions des Cahiers Bleus. 







mardi 28 juillet 2015

Nous n'obéirons pas au monde


Nous n'obéirons pas au monde

Dans notre refus d'obéir nous serons entêtés, sauvages, grandioses mon amour, grandioses nous serons, grandioses comme sont les enfants gitans, les ongles noirs de terre, le menton relevé, quelque chose de noble et d'implacable dans le regard


Nous nous enivrerons de vin, nous nous enivrerons de vent, d'étoiles et puis d'eau claire, et nous irons les jambes nues, les pieds cornés par les sentiers avec les chiens errants et les chevaux aux crinières de folle avoine, fiers mon amour, fièrement ensauvagés nous serons


Nous irons sans bagages, les souffles furibonds nous déshabilleront, nous rendront vulnérables, nus et gloutons de vie comme des nouveaux-nés
Les ruisseaux cavaleurs disperseront nos vices en riant aux éclats et nous simplifieront, allégés nous rendront, Roi et Reine parmi les galets et les bois flottés

Nous n'obéirons pas au monde, mon amour, cela fait si longtemps que ses lois, ses chimères, sont à nos cœurs d'une étoffe moins dense que celle des brumes qui se meuvent, ce soir, longues ailes blanches qui s'effilochent au-dessus de la Creuse

Nous n'obéirons pas au monde, seule la vie qui palpite, intacte dans nos veines, la lumière dorée sur la paille coupée, lumière souveraine des campagne en été ; et les gouffres ombreux quand Dieu nous laisse aveugles, nous les traverserons ensemble, tremblants, l'échine basse, enfants terribles qui hantent par deux les forêts tels des loups efflanqués

Je n'attendrai rien que ta main, tu n'attendras rien que mon ventre, jusqu'à ce que le geai, le crocus ou le gui viennent nous rappeler la Grâce

Nous nous enivrerons de vin, nous nous enivrerons de vent, d'étoiles et puis d'eau claire, et nous irons les jambes nues, les pieds cornés par les sentiers avec les chiens errants et les chevaux aux crinières de folle avoine, fiers mon amour, fièrement ensauvagés nous serons

Nous n'obéirons pas au monde 
Nous n'obéirons pas au monde
Nous n'obéirons pas au monde






Texte et photo Leica, tous droits réservés, Héloïse Combes, Gargilesse juillet 2015.

lundi 15 juin 2015

Ce qui importe

--- Ce qui importe ---

C'est la feuille du figuier qui déploie ses cinq doigts

C'est l'ombre qui me couvre dans une odeur de buis et de figue verte, sa fraîcheur d'abbaye

C'est le nuage crépu, ses contrastes d'or blanc et d'ardoise

C'est le sourire d'un mort soudain entraperçu dans la rose alanguie

C'est le souvenir de ton âme sur le bout de tes doigts qui effleure mon âme sur le doux de mon ventre

Ce sont tes lèvres au loin, comme une brèche lumineuse dans l'obscur du secret

C'est le moineau qui s'ébroue dans la poussière, et le visage brun d'un enfant qui m'apparaît en filigrane, barbouillé d'innocence, de terre et de soleil

C'est dans le grand pin parasol la tourterelle qui roucoule, le chant de la rivière captif de son gosier qui s'épanche en goulées lancinantes et sereines

C'est la petite maison qui m'attend là-bas, la vigne, les fissures et le plancher qui craque

C'est le chat roux qui miaule et l'odeur du café

C'est le mégot de cigarette qui fume encore dans la coquille

Ce sont les tambours et les flûtes, ce sont les harpes et les voix, les troubadours ont fait silence, et puis Mozart, et puis Lhasa, demeurent muets eux aussi, mais ce froufrou en rémanence, comme une brise sur mon cœur

Ce sont les nèfles mûres, mes orteils en-dessous, le laurier-rose, la sauge bleue, et la menthe assoiffée qui court entre les pierres

C'est le ciel, toujours, la fatigue

C'est l'instant de rien qui passe et qui demeure

C'est l'éternité qui veille sans qu'on n'y prenne garde

Ce qui importe, un jour parmi tant d'autres, quinze juin de l'année deux-mille-quinze, seize heures et des poussières de rien

Héloïse


dimanche 12 avril 2015

Aucune autre leçon.

Le forsythia a choisi
Ce jour triste comme la nuit
Pour allumer sur le ciel
Ses étoiles jaune poussin
- Sans attendre de quiconque...
Le moindre remerciement.


L’if centenaire ne connaît
Ni l’âge ni la manière,
Qui s’ébroue avec le vent
Aussi gaiement que le chiot
- Sans rien craindre de la mort,
Des rhumatismes et du froid :

Aucune autre leçon.

Aucune autre leçon
Que celles du printemps.



Héloïse Combes, printemps 2015.

jeudi 26 février 2015

Prière de ne pas déranger


   Il existe un pays où, même en plein cœur de l’hiver, les peines sont douces et de la même étoffe dense que sont les brumes qui s’attardent.

   Il existe un pays où, même en plein cœur de l’hiver, les larmes sont claires et vives comme l’eau des ruisseaux qui courent à travers les sous-bois.

   Le chagrin y a la rudesse et la franchise du vent qui malmène les arbres nus et s’engouffre en feulant dans les maisons en ruines.

   Ne me dérangez pas, j’y dors,
   Ne me dérangez pas, j’y rêve,
   Et quand je m’y éveille, j’y cours, j’y danse, j’y tombe, je m’y écorche les genoux sans que ça m’empêche d’aller plus avant à travers les ronces, zébrée de sang et de boue, les cheveux embroussaillés, l’air ensauvagé qu’ont les enfants gitans.


   Et ça me plaît.

   Foutez-moi la paix avec vos villes obligées, avec les ambitions que vous avez pour moi, avec vos promesses d’amour au carré dans des maisons carrées dans le grand lit carré du quotidien.
Vous finiriez presque par réussir à me briser le cœur à force d’insister avec vos gueules innocentes...

Laissez-moi au dépouillement et à la rigueur de mes chemins d’hiver.

Ce que j’y aime ? Tout. 



   Ce que j’y trouve de nouveau, chaque matin depuis tant de matins ? 

   Tout, absolument tout, sans cesse renouvelé, toujours parfait, de la vieille souche couverte de mousse à la corneille sur la branche du chêne, du reflet sur la mare à la noirceur renfrognée du ciel qui soudain se déride et laisse paraître le front blême d’un soleil convalescent, des maisons murées dans un silence profond à la Creuse qui coule inlassablement ses eaux sombres… Et d’exister, miraculeusement, au milieu de tout ça.

   Souvent, cheminant, je touche l’écorce des arbres. Ce n’est pas pour m’assurer qu’ils existent –ça, je n’en doute pas-, c’est pour vérifier que je suis bien vivante moi aussi parmi eux.
Et je le suis, même en pleurs, même toute barbouillée de ce chagrin que vous m’avez collé, même et surtout en ces contrées que l’hiver s’acharne à résumer à des champs boueux bordés de haies ratiboisées, à des forêts grelottantes et des villages fantômes.

   Il a beau grincer des dents, se fendre de quelques colères de vieux grincheux, il n’est pas si terrible, ce pauvre hiver moribond, et je le crains bien moins que vos chimères.




   Laissez-moi dormir,
   Laissez-moi rêver,
   Laissez-moi pleurer,

   De ces larmes naîtront des fleurs.























    J’ai vu la semaine dernière les premiers perce-neiges –comme une ébauche de sourire angélique à ras de terre...

   Ne comprenez-vous pas, j’attends simplement le printemps...

   Il faut parfois beaucoup de larmes, se vider le cœur, se nettoyer les yeux jusqu’au fond, pour être apte à le recevoir dignement, le printemps, si beau en ces contrées,
Beau et neuf comme le premier matin du monde avec ses jacinthes sauvages, son explosion de vert, ses bois aux mille oiseaux chanteurs,
Le printemps avec ses averses suivies d’or en gouttes suspendues aux toiles d’araignées, ses ciels purs aux nuages effilochés où tournent les rapaces...

   J’attends le paradis, le vrai, je le sens qui point déjà en moi quand la sève monte aux arbres, alors, chut, vraiment, laissez-moi, c’est une grande chose qui se prépare en mille fourmillements,
Une chose comme une rupture, comme une naissance,
Une chose comme un sourire dont la pureté écorche,
Une chose qui marie l’éphémère et l’éternité,
Une chose qui proclame l’enfance souveraine.

   Si vous ne voulez pas y goûter avec moi, prière de ne pas déranger,
D’aller brandir ailleurs vos paradis de pacotille.

Merci.


Héloïse 


Texte et photographies Leica M3: Héloïse Combes 2015.

lundi 10 février 2014

Tant d'âme à ça...

Un montage et quelques sourires posés sur ma chanson "Pas d'âme à ça" :



Les hommes courent, langue pendue
Après l'argent, les ambitions
Démesurées, les tentations
De pacotille. Pantins perdus

Clamant... qu'il n'y a pas d'mal à ça
Alors... qu'il n'y a pas d'âme à ça...

Pas d'âme, pas d'âme, pas d'âme à ça...
Rêvant de courir, éperdus,
L'âme bleue fondue dans les nues.

Les hommes admirent les géants,
Corps plastifiés et cœurs de pierre
Murés dans des tours de béton
Qui font fructifier l'univers

Clamant... qu'il n'y a pas d'mal à ça
Alors... qu'il n'y a pas d'âme à ça.

Pas d'âme, pas d'âme, pas d'âme à ça...
Rêvant en secret de danser,
Enfants, les pieds dans la rosée.

Les hommes boivent dans des calices
Le vin de la bonne parole,
Lui donnant au gré de leurs vices
Toutes les formes les plus folles.

Clamant... qu'il n'y a pas d'mal à ça
Alors... qu'il n'y a pas d'âme à ça...

Pas d'âme, pas d'âme, pas d'âme à ça...
Rêvant d'une simple cabane
 Au milieu de la douce avoine.

Les hommes font de grandes choses,
De grandes guerres, de grands discours
Avant de faire une overdose
Face à leur propre démesure

Clamant... qu'il n'y a pas d'mal à ça
Alors... qu'il n'y a pas d'âme à ça...

Pas d'âme, pas d'âme, pas d'âme à ça...
Rêvant, un matin, éblouis
De voir l'infiniment petit.

"Pas d'âme, pas d'âme, pas d'âme à ça... "

















mercredi 4 décembre 2013

Solitude de brume et d'or



Dans le petit matin mouillé, brumeux, frisquet, sauvage.

Le nez au vent. Les pieds dans la boue.
Le Leica autour du cou. Son poids, sa présence, familiers, précieux.

La joie dans une poche, et la peine dans l’autre, comme deux sœurs inséparables.

Dans le cœur, un pêle-mêle d’épines, de perles, de cailloux, les fantômes avec les vivants, les chevaux de l’enfance galopant aussi haut que les oiseaux des rêves, loin au-dessus des manques et des misères qui montrent les crocs avant de se fondre dans le brouillard.

Il suffit d’accepter que tout soit ainsi. Multiple. Paradoxal. Mélangé. Tremblant dans la lumière. Insaisissable. Quand c’est accepté, tout est bien, finalement. 
Tout est bien.  

Extrait de "Pitres, dans la Lumière"









--- Grâce ---

Il est des moments de grâce, où chaque détail possède à la fois la finesse, l’insignifiance et la beauté de l’air traversé par une aile de papillon.

Extrait de "Pitres, dans la Lumière"














mardi 5 février 2013

L'annonce


J’ai été faire développer ma pellicule en urgence. Parce que j’étais impatiente de vous communiquer une nouvelle de la plus haute importance:
Hier matin j’ai rencontré mon premier amandier en fleurs !

Une douceur nouvelle perlée de chants d’oiseaux tentait une percée entre deux rafales de mistral glacé. Il flottait dans l’air cette sensation qu’un événement heureux est sur le point de se produire.

Les fleurs en flocons jetées sur le ciel bleu semblaient lui parler à la fois des neiges de l’hiver passé et des papillons du printemps à venir.

A déjà dix heures, la lumière avait quelque chose de la fraîcheur immaculée des premières lueurs de l’aube. Ce n’était plus celle, plombée, crue ou voilée, d’aucun jour d’hiver. Pas encore tout à fait celle fine et dansante qu’acclameraient bientôt les nez-trompettes des jonquilles.

Je ne saurais dire ce qu’il y avait de profondément bouleversant. Les fleurs blanches et le tronc noir en contraste cinglant. Ces beaux paysages de garrigue lavés par cette lumière-eau de source.
Cette sensation d’amour avant l’amour, de paix avant la vie.
Cette bouffée d’espoir avant la révélation.
Les prémices d’une nouvelle saison -d’une nouvelle enfance, d’une nouvelle naissance, d’une nouvelle ère…-
L’hiver saluant fraternellement le printemps avant de s’éclipser.



Photographies, tirage argentique, Leica m3


mardi 25 octobre 2011

Mères du monde

Poursuite de la série Reflets-regards croisés, avec un de mes poèmes et de beaux portraits de Chiloedream, le captain-photographe-voyageur.





Mères du monde,
Mères douces,
Aux quatre coins du monde
Voyez nous tous

Petits et grands,
Riches, mendiants,
Du premier jour de notre vie
A notre dernière heure.
Lui, qui court comme une fourmi,
Et cet enfant qui pleure;
Humains de toutes les couleurs,
Soldats qui meurent;
Celui-ci qui chante
Et cette femme qui enfante…

Mères du monde,
Mères douces,
Mères fécondes,
Bercez nous tous

Dans vos bras profonds et blancs
Comme neige
-Bras berceaux-
Sur vos seins ronds et vivants,
Et chauds
Comme le pain qui lève.

Endormez les petits enfants
Pour qu’ils renaissent au matin
Frais comme la rosée,
Vigoureux, un sourire au coin
Des lèvres, tout prêts à se lancer
Dans leurs jeux frétillants.

Apaisez la folie des grands,
Hommes et femmes.
Laissez leur vous crier cette rage qui couve
Détresse profonde, animale. Loups, louves
Nous hurlerons, et soudain, un jour de printemps
Nous n’aurons plus ni cris ni larmes.

S’il n’est pas de votre ressort
De changer le cours du destin
Et nous montrer notre chemin,
Tendez nous déjà vos deux mains
Qui donnent paix et réconfort.

Mères du monde,
Mères d’amour.












samedi 3 septembre 2011

Prière aux moineaux

P



Mon Dieu qui êtes un moineau,

Ne me donnez pas la stabilité,
On vous l’a déjà tant demandée
Qu’elle a fichu le camp, vos ailes déployées.
Laissez moi l’insécurité,
Mais laissez moi aussi la faculté
De pleurer la fêlure d'un ciel changeant,
De projeter mon cœur tremblant
Au milieu des oiseaux.



Mon Dieu qui êtes un enfant,

Ne me donnez pas la raison,
On vous l’a déjà tant demandée
Qu’elle ne pèse pas lourd à votre baluchon.
Laissez moi le doute et l’anxiété,
Mais laissez moi aussi la faculté
De mourir de douceur à la vue des flocons,
De renaître à la vie par quelques gouttes d’eau
Et courir dans le vent.



Mon Dieu qui êtes un clown,

Je ne veux pas être sage, on vous l'a trop,
Ça encore, beaucoup trop demandé
Et vous n’avez pas ça sous votre chapiteau.
Laissez moi le tourbillon de la folie,
Mais laissez moi aussi la faculté
De rire de tout et de moi-même,
La bouille enfarinée au dessus des problèmes
Avec un gros nez rouge.




Mon Dieu qui êtes un caillou,

Ne me donnez pas la richesse,
On vous l’a déjà tant demandée
Que vous êtes à sec depuis deux ou trois siècles.
Laissez moi aller nue, ou les poches percées,
Mais enfoncez vous dans mon cœur
Et laissez moi la faculté
D’apprécier la valeur
De ce bonheur un peu fou.




Mon Dieu qui êtes un mirage,

Ne me donnez pas l’amour parfait,
On vous l’a déjà tant demandé
Qu’il est devenu aussi fuyant que votre image.
Laissez moi donc l’orage,
La passion et l’incertitude,
Mais laissez moi aussi la faculté
D’Aimer, et étoilez ma solitude
De tendres visages.



Mon Dieu qui êtes un courant d’air
A défaut d’être une farce,
Quand vous passez, fugace,
Voyez, j’ai la tête à l’envers,
Je bois du vin, je fume trop,
J’ai froid, puis non, j’ai plutôt chaud,
Je suis transcendée
Par les yeux d’un hibou,
Je suis déchirée,
J’ai le cœur aigre-doux,
Je suis bienheureuse,
Ou très malheureuse,
Joyeuse, exaltée,
Calme ou apeurée…

Peu importe, ne changez rien.
Laissez moi l’enfance, le soleil et le givre,
Laissez moi surtout l’extase de Vivre,
Et tout ira bien.


Au nom des moineaux,
Des cailloux
Et des clowns aux nez rouges,

Amen… euh, Héloïse

mardi 30 août 2011

Le repos des crabes


Mon petit Roman, hier, sur la plage:

 


« J’ai mis un bracelet ( de laine, fait par sa sœur), mais c’est pas pour être une fille, hein, c’est pour partir à l’aventure, là-bas, sur un bateau ! »

Puis, après quelques secondes de réflexion:
« Tu viendras avec moi, maman ? »
J’ai dû sourire, d’un sourire qui disait en silence « Bien sûr mon chéri, avec ta petite main dans la mienne, j’irais au bout du monde ».

Le même, quelques instants plus tard:



« J’ai mis les crabes dans la piscine, avec des coquillages et des algues pour s’ils ont faim. Ça les repose un peu de la mer. »

Le bracelet qui donne le courage de braver l‘horizon, les coquillages brisés dans la piscine à crabes, seuls les petits enfants peuvent inventer de pareilles histoires, rêver de pareilles connexions entre les choses.

         Qui d’autre qu’eux se soucierait du repos des crabes ?

Et c’est toute la journée comme ça, des phrases qui fusent, tendres, charmantes, désarmantes de vérité ou à se tordre de rire, des attentions pour les moineaux, les tortues, les fourmis…

Les petits enfants pourraient écrire les livres les plus beaux, mais ils n’ont que faire d’écrire des livres, ils préfèrent se contenter de vivre, et ils ont bien raison.

mercredi 24 août 2011

Ce n'est pas la source, c'est l'or

Un peu boiteux, sans retouches... Pas vraiment un texte présentable, mais je le livre quand même, cri d'impuissance parmi tant d'autres dans la nuit du monde...


Ce n’est pas la source, c’est l’or

Faim, soif, et la chaleur
Ton petit frère qui meurt
Soudain, comme un mirage
Arrivent des géants
Hommes, sourciers, mages,
Vois-les, ils sont si grands…
Avec leurs appareils ils vont creuser la terre,
La terre de lumière où dorment tes ancêtres
Pères/Terre bénie, alliance souveraine,
Crois-tu, gonflé d’espoir. Ils vont trouver la veine
Et l’eau va ruisseler au tendre petit jour
Au fond d’un puits d’amour.

Ce n’est pas la source, mon enfant,
Ce n’est pas la source, c’est l’or
Qu’ils ont trouvé.

Pétrole, coltan, rubis
Le ventre du pays
En est aussi rempli
Que le tien qui gémit,
Gargouille, râle, est vide.
Fi de ton air livide
Si les bourses de cuir ont la peau bien tendue
Ce monde bedonnant se fout des rires perdus
Des jeux abandonnés, du ballon délaissé
Que tu ne suivras plus de ta vive foulée
Des étoiles qui crèvent
A tes yeux pleins de fièvre.

Ce n’est pas la source, mon enfant,
Ce n’est pas la source, c’est l’or
Qu’ils ont trouvé.

Le raffut des engins
A recouvert la peur
Le bruit sourd, incessant
Palpite comme un cœur
Un cœur de fer qui bat plus fort, plus neuf, plus net
Que le tien qui s’affole, que le tien qui s’arrête.
Qu’importe qu’il s’arrête, hein ?
D’un revers de la main
Les géants ont chassé leur part d’humanité
Ils voudraient aligner leurs cœurs au cœur d’acier
Et ignorer le Ciel,
Puissants, revigorés, robotiques, immortels !

Ce n’est pas la source, mon enfant,
Ce n’est pas la source, c’est l’or
Qu’ils ont trouvé.

Tes larmes ont coulé, douces
Sur la terre fendue
Par les mêmes sillons qui entament ta bouche
L’aube ne verra plus
Ton sourire diamant fendre tes joues d’ébène
Tes jambes flanchent, grêles
Sous les yeux des vautours, tandis que tu supplies:
« Dévorez-moi, qu’on en finisse,
Puis emmenez moi loin, avec vous tournoyer,
Vriller le ciel d’azur les ailes déployées,
Par delà la souffrance,
Plus haut que les géants pétris d’indifférence. »

Ce n’est pas la source, mon enfant,
Ce n’est pas la source, c’est l’or
Qu’ils ont trouvé.

Tu as quitté ce monde,
Petit ange trahi
Par des pères immondes
En proie à la folie.
De la pointe de l’âme au fond de mes entrailles
Un éclair a ouvert une insondable faille.
Depuis les profondeurs du gouffre tendre/amer
Où je te couve telle une mère de douleur,
Ils brilleront sans fin avec ceux de tes frères,
Tes merveilleux yeux noirs agrandis par l’horreur.

Ce n’est pas la source, mon enfant,
Ce n’est pas la source, c’est l’or
Qu’ils ont trouvé.

Dans ces yeux, il y avait Mozart tourbillonnant
Que tu n’as jamais entendu,
La douceur des neiges d’antan
Que tu n’auras pas aperçues
L’éclat des flamboyants
Et celui du soleil
Le chant de ta maman,
Et toutes ces merveilles
Indicibles trésors
Que tes assassins n’ont pas vus.
C’est là qu’il était, l’Or,
L’Or ruisselant et nu.

Ni la source, mon enfant,
Ni la source ni l’or
Ils n’ont trouvé.








lundi 1 août 2011

Enfance

Elle nous appelle,
Elle nous enchante,
Elle nous berce,
Elle nous hante,

L'enfance, aux multiples visages,

Enfance grave,
Enfance sage,
Enfance mutine,
Enfance câline,
Enfance rieuse,
Enfance peureuse...


  • Chiloedream nous invite à Chaouen, au pays bleu de ses premiers jeux. Une balade photographique forte en couleurs et en émotions.

                            http://annexemj.canalblog.com/archives/2011/07/28/21692643.html


  • Toujours le Maroc, et toujours l'enfance: j'ai reçu une deuxième illustration de mon texte "Ismaël".
N'est-il pas mignon, ce petit brun rêveur ?




Extrait: 
Ismaël écarquille ses yeux noirs derrière les barreaux bleus de la fenêtre de sa chambre.
Chaque soir il attend ainsi, immobile dans la pénombre, tandis que sa mère prépare la kesra dans la cuisine.
« Quand j’aurai vu trois margouillats, il sera l’heure de papa », songe-t-il.
« Le premier a grimpé sur le tronc du palmier.
Le second a roulé sur le fer torsadé.
Où se cache le troisième ?
Est-il ratatiné sous le rebord de ma fenêtre,
Ou bien a-t-il filé à la recherche d’un insecte ? »

Quand Delphine aura préparé quelques beaux dessins supplémentaires, Ismaël prendra son envol, à la recherche d'une maison (d'édition) sympa.

  • Pour terminer cette page consacrée à l'enfance, un poème, et la bouille blonde de mon petit dernier.


Porteur d’infini


Tu fais tes premiers pas, petit
Foulant de ta semelle
Le sable des merveilles
Crissant de promesses jolies
Balbutiements
Chuchotements

Lever un pied et s’envoler
Oiseau vers l’infini
Lever un pied et rire
De ton rire de farfadet
Grelot d’argent
Étincelant

Tu dors. Au cœur de ton absence
La vie veille, légère,
Joue dans tes cheveux clairs
Et court dans les veines pervenche
Que je devine
Sous ta peau fine

Tout à coup, ce moment fugace
Me happe, me ramène
Au parfum de verveine
Du souvenir. Images, flashs
Oh mon enfance
Mon insouciance…

Maintiens les heures emprisonnées
Au jardin du printemps
Retiens-les, mon enfant
Dans le creux de tes poings serrés
Nonchalamment

Tu sais réveiller dans mon sang
Le temps béni
Où je fus toi.

Tu sais marier le présent
A l’infini.