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mardi 27 mai 2014

A Gargilesse.



   La Gargilesse fait tsss, tsss…
La brise fait tsss, tsss…
J’ai vu un serpent au chalet, tsss, et le soleil cligne de l’œil.
Tous se moquent gentiment de mon cœur si lourd ce matin.

   Les grands oiseaux passent en silence, les ailes déployées. Là-haut tout est bleu, tout est calme.
   « Ecris, écris », ordonnent les grands oiseaux. 

   « Tu n’as pas d’autre issue, et les voilà, tes ailes ».
Alors j’écris, mais comme je n’ai pas de papier, j’écris dans ma tête, ou je prie un peu c’est pareil, ou comme je ne sais pas prier, je me tourne vers les arbres qui font chh, chh, caressés par le vent.

   La rivière transforme son chant et fait chh, chh, elle aussi.
Chh, chh, le monde est doux.
Le soleil de midi chauffe, mon cœur capitule et s'offre à sa caresse.  
Chh, chh, le vent, l’eau, les forêts.
Les grands oiseaux glissent dans ce qui s’apparente d’ici à un silence bleu. J’ignore quel bruit à leurs oreilles fait le grand air qu’ils fendent.
Ils doivent entendre à peine le chuintement du monde sous leurs ailes tendues.
Chh, chh, la vie me berce.

   Je n’ai pas d’autre issue qu’écrire, tendre ma plume vers les cimes des arbres pour m’élever, petit à petit, vers l’immensité bleue. Au fur et à mesure, ma peur du vide s’efface et je pressens la mort comme la vie vue d’en haut. Rien d’effrayant ; si le destin me laisse le temps d’aller au bout de ma voie d’écriture, je n’aurai plus du tout le vertige au moment du grand vol.

   Il y a à la terrasse du café quelques personnes qui rient de moi. Des gens qui rient avec des bouches grimaçantes, des têtes rouges, tandis que leurs cœurs glacés ne rient pas le moins du monde. Des gens qui ignorent totalement le ballet des oiseaux. Des gens qui ont oublié qu'ils vont mourir. 
Il y a longtemps que je n’entends plus leurs rires. Longtemps que je n’aperçois que des visages muets, tordus, étranges. 

   La Gargilesse, les forêts font chh, chh, le monde est doux.
Le soleil chauffe.
Les grands oiseaux si beaux tournoient dans un silence bleu. 


Texte et photos : Héloïse Combes, mai 2014.



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