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jeudi 21 novembre 2013

À Chadelet




Dans ce monde où tout s’écroule…Dans ce monde de poussières, de rouilles voraces attaquant les derniers outils, de bois putréfiés où prolifèrent mousses et asticots…


Dans ce bric-à-brac bariolé de bris de verre et briques en morceaux, de lambeaux de papier que retient aux murs la grâce de fils arachnéens…


Dans ce monde où tout s’écroule, disais-je… Soudain, un rayon de soleil descend du plafond éventré et caresse mon épaule.

«  Ne pas céder, me souffle-il.
Même quand tout s’effondre, ne pas céder,
Ne pas céder,


Ne pas céder ta lumière. »



Dans ce monde où tout s’efface…
Dans ce monde où tout grimace…
Là, la grande cheminée ouvre une bouche d’ogre édenté.  Dans son gosier-antre noir, l’on imaginerait plus volontiers les flammes démoniaques que celles de l’âtre familial qui flamboyait jadis.





Ici, les fissures esquissent des figures torturées, des doigts noueux, des museaux effilés. L’enfant qui dormait là il y a un siècle ou deux n’aurait-il pas été horrifié face à leurs allures de mauvaises fées, de pantins rachitiques, de loups sanguinaires ? Et ce bâton en forme de jambe à l’extrémité recourbée, ne lui aurait-il pas volontiers rappelé quelque Satyre droit échappé d’inquiétantes légendes ?


Dans l’escalier, des ossements. Souris et pigeonneaux sans doute.

Au grenier, au milieu d’objets méconnaissables, une faux. Un arrosoir. De vieux godillots.




Dans ce monde où tout s’efface…

Dans ce monde où tout grimace… soudain, le chant d’un pinson, comme une cascade d’eau pure.

«  Les ombres errantes ne sont que le reflet des cauchemars humains, me souffle-t-il.
En vérité, tout est tranquille.
Là  d’où l’homme se retire, la nature et le temps mariés accouchent d’une absolue quiétude.


Vois le lierre qui obstrue la porte
Et les fougères au sol.
Vois les calmes nuages que les murs béants laissent moutonner jusqu’à tes pieds,
Et les petites bêtes qui grouillent sans obstacle du plancher au ciel : mille-pattes affairés, orvets fuyards, petits lézards dits « des murailles », papillons nocturnes livrant en mollesse leurs ventres duveteux aux fleurs mauves du papier-peint tandis que leurs frères diurnes virevoltent gaiement ; grillons, mouches, abeilles…

Toi, fillette, femme, intruse de chair et d’os mais adoptée d’office,
Avec tes robes et tes rubans,
Avec tes jambes nues et blanches,
Avec tes rêves de flanelle inscrits sur ta face lunaire,
Tu sais.
Tu sais qu’il ne peut rien ici, rien arriver d’hostile.
Tu sais que dans le creux formé par le temps, dans ce berceau de vie à l’abri du monde affolé, rien n‘arrivera.
Ou si, peut-être : la paix, l’éternité.


 C’est ce qui fait peur aux humains, en général, la paix, l’éternité. Ces deux sœurs muettes nichent dans la part occulte, profonde et redoutée d’eux-mêmes. Elles arrivent de loin avant que les premières clameurs résonnent et vont main dans la main bien au-delà de ce qu’ils croient être la frontière ultime. Leur marche silencieuse en leurs grands jupons blancs révèle l’inconcevable sans le déflorer.
Toi, fillette, femme, fantôme à la peau tiède, tu ne crains pas,
A la paix et l’éternité tu acceptes d’appartenir toute.



Tu n'auras jamais peur.
A une condition :

Ne pas céder,
Même quand tout s’effondre…
Même quand tout grimace, ne pas céder.

Ne pas céder ton innocence,
Ne pas céder ta confiance,
Ne pas céder ta lumière,
Garder ces grâces avec ton cœur fondues
Au creux de ce poing que tu serres

Obstinément. »








Texte et photographies argentiques au Leica M3 : tous droits réservés Héloïse Combes 2013


1 commentaire:

  1. Merci pour cette magi-nifique promenade, quelle beauté!

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