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mardi 26 mars 2013

D'or et d'encre noire...


Extrait du conte " Blanche et l'empereur "... En cours d'écriture... Un écrit que je veux cousu de fil d'or par dessus l'encre noire... 

(...)

La jeune femme, d’un ton courroucé, reprit :

« Honte à qui guette le trésor :
Ferme et cruel sera mon sort,
Laïli, laïla !

N'as-tu point entendu ?
Va en enfer ! »


Alors l’empereur mit un genou dans l‘eau, et soudain il fondit en larmes. Un océan de larmes salées rejoignant les eaux douces.

« En enfer, répéta-t-il très lentement.
Il y a si longtemps que je suis mort, si tu savais, et l’enfer ni le paradis n’ont de secret pour moi.
On ne revient pas du paradis.
On ne revient pas de l’enfer.
Avancer, c’est ce qui compte, semble-t-il, lorsque l'on est vivant.
Moi je suis mort, ou presque, et l’éternité étend sa nuit par-delà ma presque dépouille. Une nuit profonde où tournent des soleils crachés, derviches tourneurs d’une existence hébétée dont la transe s’ouvre sur un ciel où règne l’obscurité.

Je fus tantôt un soleil noir. Un monstre d’onyx. Sous mon funeste éclat grouillait un peuple hébété. J’avais tout : les pierres précieuses, les servants soumis, les alcools profonds, les maîtresses sublimes. Parfois je jetais mon dévolu sur l’une d’elles, pauvre phalène aveuglée cognant à ma lucarne dans sa danse affolée. Je finissais de lui briser les ailes, me repaissais de son corps tendre, et encore aujourd’hui il m'arrive de cracher sur le papier le duvet de son abdomen mêlé au fiel de mes démons.

Ici, sur ma barque d’exil, j’ai oublié les ors, j’ai oublié les femmes, les orgies et les crimes.
Il n’y a qu’une chose, une seule, que les vagues me répètent avec tant d’insistance que je ne peux l’ignorer : il y a longtemps, si longtemps que je t’aime…
Et te voilà, nue dans ton innocence, plus fine, plus gracieuse qu’aucune autre.

Je ne veux pas recouvrir d’une cape d’ombre la grâce de ta vie blanche.

Je ne veux pas recouvrir d’une cape d’ombre la grâce de ta vie, Blanche, c’est ainsi que tu m’apparais et que je voudrais te nommer.

Car je sais que ni les coups de sabre, ni mon venin de prince déchu n’auraient raison de ton sourire timide, de tes grands yeux de biche, de ton ventre d‘hirondelle, de tes seins en boutons de roses, de cette pureté qui t’auréolait ce jour de printemps où je te vis, et que tu portes, intacte, malgré la mort de ton ami.
Inviolable. Je sais qu’elle sera toujours là, inondant ton visage. La lumière.

C’est toi qui m’auras, Blanche. Toi qui étendras ta cape translucide sur mon sombre univers. Toi qui brandiras une épée d’or au bout d’une main de reine, faisant voler mon cœur de pierre en morceaux.

Ramasse donc les brisures de mon cœur éclaté,
Accepte-moi, ô belle ! Change l’éternité… Il y a si longtemps que je t’aime… » (...)


Texte et image, photo argentique Leica M3, Héloïse Combes, mars 2013.

1 commentaire:

  1. Ma chère Héloïse, métamorphose de mon enfance en Princesse de rêve. Qui es-tu entre tes phrases qui s'enlacent et lancent leurs lianes de réglisses suaves de branches en branches en des forêts qui par toi sont toutes des Brocéliande où s'avance en une ensorceleuse liberté, ton innocente nudité précédée sur la clairière d'un orage transparent de lumière. Sous chacun de tes pas, des insectes bourdonnent des formules étranges. Et renaissent à la vie les fleurs fanées aux parfums insidieux qui envahissent ma tête de doucereuses tentations comme des éclairs de feu.
    Entre un ciel lointain paradis désabusé et l'enfer qui fissure le sol et vibre sous nos pieds, est-ce là que tu m'as entraîné ? Ton empereur mort depuis si longtemps, heureusement pas tout--à fait, J'emprunterai volontiers ton épée toute en or, gage de ta pureté, pour lui trancher la tête, Mais non, cela la souillerai, c'est de mes propres mains que je l'étranglerai. Voilà ce que tu as fait de moi, ton ami de toujours, celui de notre commune enfance, Je suis comme un frère jaloux qui pour sa sœur a des envies incestueuses. Il ne me reste plus qu'à aller vers la rivière, les yeux emplis de l'innocente blancheur charnelle de ta pureté. Là où les algues encore gardent un peu de la chaleur de ton corps et les eaux les accords voluptueux de ton chant. C'est là que je descendrai jusque à la vase qui aspire vers les profondeurs.

    RB Le poète inconnu dont le nom s'esperdu

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