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samedi 23 février 2013

La cabane échevelée, et... l'enfance, toujours !


Quand j’étais petite, j’adorais les trajets en voiture de nuit. Bien au chaud dans l’habitacle, je guettais, fascinée, les ombres qui glissaient dehors.

Le long des routes, la succession régulière des réverbères semblait calquée sur les battements de mon cœur. Les voitures sur la voie d’en face fonçaient avec des yeux phosphorescents, fauves ou androïdes.

Les arbres, surtout, m’hypnotisaient. Là, ce doigt crochu, était-ce une sorcière ? Et cette bouche grimaçante, ce pied palmé, ce corps noueux… Quels animaux pouvaient donc abriter ces troncs torturés percés de trous plus obscurs que l’obscurité ? Qu’allait-il en surgir, qui me ferait sursauter d’éblouissement ou d’épouvante ?
Une chouette effraie comme une claque de blancheur cinglante ? Un doux écureuil tel un rêve-velours ? Un griffon, un dragon, un papillon aux ailes poudrées de poussière d’étoile ? Une tendre fée, un vieux Sioux, un ogre affamé, une mère ou un aïeul ressuscité ?…
En fait, c’était tout cela qui se succédait ou s’enchevêtrait. Le papillon devenait chauve-souris, la chauve-souris corbeau, le corbeau croisait un zombie qu’un éclat de lune changeait en hibou, et ainsi de suite, en une folle farandole de métamorphoses où j‘aimais me griser…

« ça lui passera en grandissant… » affirmaient les adultes, de ma tendance à rêver.

Sauf que j’ai grandi, et que plus que jamais, la nuit, le jour, je vois. Des forêts berrichonnes au fond du jardin, du petit matin au bord de la mer à la nuit solitaire devant ma cheminée, je vois, je sens, j‘entends… Je vois dans la lumière le sourire des morts, le printemps et l‘enfance. Je vois dans les rivières filer avec le temps les rires et les blessures, danser les vouivres et les reflets. J’entends dans le vent les plaintes et les secrets, et les vieilles bâtisses ont des figures humaines aux rides où lire le passé tandis que certains hommes rôdent, spectres égarés ou rats sournois. Les arbres puisent la sagesse à la terre et lancent vers le ciel de grandes brassées de merveilleux, et les nuages, eux, réinventent nos rêves.

J’ai rencontré hier une cabane échevelée illuminée par une percée de soleil sous des nuages sombres. Elle m’a semblée aussi vivante -je n‘ose dire davantage-, que la dame croisée deux minutes avant, qui promenait son chien en laisse, guindée dans un uniforme noir.

Vivants, songes, chimères, animaux de chair ou bêtes fantastiques, fantômes, arbres, fantasmes, esprits de la nature, ciels, lumières, lieux… oiseaux, fleurs, flammes, dieux… Il me semble souvent que nous ne formons qu’un tout et nous confondons, comme dans mes errances nocturnes de petite fille. 



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Fin février, comme un  air de printemps, les enfants en vadrouille :





Texte et photographies, tirage argentique Leica m3, Héloïse Combes

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