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lundi 19 septembre 2011

Impressions de septembre

Il y a quelques jours. Après-midi au bord de l’Hérault, avec les enfants.

Roman:
 - Dis, Emma, on fait une piscine pour les crabes ?

Emma:
-Non, Roman, les crabes, c’est à la mer.

Roman:
-Alors, une piscine pour les grenouilles ?

Emma:
-Non, elles vont sauter par-dessus bord.

Roman:
-Alors, une piscine pour moi !

Emma, boudeuse, adolescente:
-Débrouille toi tout seul, je suis fatiguée…

Roman-Ben, en fait, c’est pas la peine la piscine, j’ai déjà toute la rivière pour me baigner !

Le temps de ce dialogue surréaliste, Clément, lui, a tâté du caillou sur le gros orteil et a laissé filer son épuisette dans le courant.
Courir. Soigner. Rassurer. Gronder un peu. Tenter de se baigner avec un ouistiti encombré de seaux et de bouées agrippé à mon cou…

Les enfants, lorsqu’ils sont par petits groupes, savent être épuisants. Comme si, par moments, ils ne trouvaient pas leurs marques, ni assez seuls pour s’abandonner à la rêverie et la profondeur de l’enfance; ni assez nombreux pour s’adonner à la fougue des jeux de chenapans loin du regard des adultes.
Dans cet entre-deux inconfortable, ils amorcent un jeu et s’en lassent aussitôt, ronchonnent, tournoient dans nos pattes. Vilains petits singes grimaçants, têtes de mules, béliers renfrognés, de quoi composer un beau bestiaire...

J’ai fini par entasser ma marmaille dans ma 106, pêle-mêle avec les épuisettes, serviettes humides et improbables trouvailles vaseuses, et j’ai démarré, boudant à mon tour, gagnée par la petite graine noire de l’enfance des mauvais jours.


*****


Le lendemain, en mère indigne et soulagée, j’ai déposé mes garnements à l’école et j’ai regagné les bords de l’Hérault. Même temps radieux, même endroit.

Profiter de l’instant présent.
Se fondre dans le fil du vent.
N’être qu’un souffle
Dans le souffle des lieux
Plonger dans l’eau
N’être qu’une onde
Dans l’onde qui va
Un corps/matière
Guère plus léger que la pierre
Guère plus lourd que la feuille
Guère plus fluide que la terre
Guère plus palpable que l’eau
Corps plus proche soudain de l‘élément que de l‘animal, et pourtant bien vivant, vibrant même.

D’ailleurs, sous la fine lumière de septembre, c’est partout que quelque chose vibre,
Dans la pierre,
La feuille,
La rivière,
Le ciel…

A croire que les Mystères choisissent cette période de l’année pour jouer à cache-cache dans nos contrées, et nous, âmes sensibles, les devinons, à peine perceptibles, quelque chose qui tremble, frémit, en filigrane derrière la lumière, entre été et automne, entre joie et sanglot.

                                                                    *****

J’ai dû m’assoupir un moment.
Laissant flotter mes pensées au fil de l’eau telles les bateaux que je confectionnais, petite, avec des coquilles de noix et des voiles de fortune.
Bientôt, l’Hérault se jette dans la mer.
Voici les grands voiliers
Les portes de l’univers
L’horizon de tous les possibles.

Me réveiller.
Me dire que l’instant présent contient la même quantité de merveilles que les rêves de bout du monde.

Les rayons dorés du soleil sur la rivière irisée, sur les arbres dont le vert bascule vers le jaune, nous donnent un avant-goût de paradis. Si doux, si subtil qu’on meurt déjà un peu.
Notre être tend vers une chatouille jouissive, quasi douloureuse. Comme une plume d’ange qui nous effleurerait. -D’ange, ou d’oiseau, c’est comme on veut-.
Tout est deviné, sous jacent, à portée de main sans se révéler pour autant.

C’est comme avoir un mot sur le bout de la langue.
Il est là, prêt à surgir, déjà on ouvre la bouche pour parler...
Mais non, il reste obstinément sur le seuil de la porte de nos lèvres, le mot
Sur le seuil de la porte de nos âmes, le paradis -ou le mystère, ou le bonheur, encore une fois, on peut mettre le terme qu‘on veut…-
Et nous restons là, bouche bée, un peu cons, béats déjà, auréolés de douceur, odeurs, couleurs, lumière.

                                                                     *****

Je ne sais pas la tête que j’avais quand la sonnerie de l’école a retenti, mais mon petit Roman, toujours perspicace, m’a lancé, affirmatif:

-Maman, tu ne travaillais pas aujourd’hui.

Non, non, mon cœur, je ne travaillais pas, j’ai été faire un tour aux portes du paradis…….
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..
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4 commentaires:

  1. C'est fou comme tu sais trouver les mots justes ET les jolis mots. Faudra que tu me dises comment tu fais pour associer les deux...

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  2. T'écris trop bien, a chaque fois ça me touche au fond du coeur.

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  3. Une écrire fluide et tellement agréable à lire, tu arrives à faire naviguer les mots et à nous embarquer sur ton bateau...ta petite barque plutôt, c'est plus chaleureux et ça te correspond mieux... merci pour ces instants de douceur et de rêverie !

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  4. encore une petite note de bonheur dans notre quotidien si gris parfois
    merci

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