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dimanche 8 mars 2015

Lettre à nos frères qui ne la lirez pas.


   Nous n’avons pas de visages, seulement des yeux.
Des yeux immenses, étalés comme des lacs.
Et dans nos yeux, des feuillages en frissons d’or, des loups, des oiseaux en flèches, des nuages.

   Vous n’avez que des visages.
Vos yeux, vous les avez étouffés depuis longtemps dessous la chair fardée de vos visages.

   Nous sommes faibles.
   Vous êtes puissants.

   Vous nous avez pris la parole et vous nous avez laissé le silence. C’est par inadvertance que vous nous l’avez laissé, comme tout ce que vous nous avez laissé – le rêve, le rire, l’enfance, le printemps : tout ce qui pour vous ne compte pas. Tout ce qui pour vous ne se compte pas.
   Car vous aimez ce qui se compte comme se compte l’argent, qui chez vous est roi. Vous avez remis vos âmes entre les mains d’un roi au cœur de métal, aux mains de papier.
   Ce roi incapable d’amour méprise les pauvres, les rêveurs et les amoureux. Il donne pour ses enfants avides de sinistres fêtes où les musiques cognent comme des coups de marteau, où le champagne coule à flots sans avoir de goût ni d’éclat.

      Vous festoyez sans joie, pendant que nous pleurons.

   Vous n’avez pas de cœurs, seulement des corps que vous rasez, lissez, grimez afin qu’ils ne ressemblent plus à des corps mais à de simples instruments auxquels vous infligez des plaisirs que vous ne goûtez plus.

   Nous n’avons pas de corps, seulement des cœurs, et quand chez nous les bouches des amants se confondent, que leur jambes s’emmêlent, que leur ventres s’épousent, je vous le dis, ce sont nos cœurs qui fondent en un seul cœur géant.
Qui fondent lentement, très lentement.

   Car la lenteur vous nous l’avez laissée. Et le dépouillement. Et la simplicité de la terre, de l’herbe, de l’eau. Et les fleurs, et la brise des saisons toute chargée de parfums.

   Vous, vous aimez ce qui va vite, ce qui se faufile sans aspérité, ce qui n’a pas d’odeur, ce qui est sournois, riche et compliqué. Vous aimez vos trains grande vitesse, vos téléphones 4G, vos télévisions 42 chaînes, vos ordinateurs aux milles lucarnes virtuelles.

   Vous détestez tout ce qui est petit, tout ce qui est blessé, écorché, tout ce qui tremble, tout ce qui chancelle, tout ce qui brûle :
Je vous le dis, en vérité c’est la vie que vous détestez –la vie qui est par essence petite, blessée, écorchée, tremblante, chancelante. Et brûlante.

   Vous détestez tout ce que nous aimons, tout ce qui nous a été donné d’aimer, tout ce que par essence nous sommes.

   Vous méprisez la vérité.

   Vous cultivez l’hypocrisie, qui vous permet de vous saluer en vous haïssant, de vous entre-tuer sans en avoir l’air, de regarder en chien de faïence ceux que vous dépouillez, de pourrir le monde en affirmant le contraire, de faire couler le sang en gardant les mains blanches.

   La guerre sévit, la terre tremble, le ciel s’obscurcit.
   Ce n’est que le début de l’agonie du monde.

   Bientôt vous viendrez dans nos maisons pour nous tuer.

   Nous vous aurons préparé une tasse de café, que vous ne boirez pas.

   Car vous êtes nos frères. Mais vous ne prendrez pas la peine de venir nous tuer de vos mains.

   Vous aurez insufflé le poison mortel dans la nourriture que vous nous donnerez à manger, dans l’eau que vous nous donnerez à boire, dans l’air que vous nous donnerez à respirer et dans les gadgets que vous nous donnerez pour tenter de nous pervertir.

    Nous mourrons sans un regard de pitié de votre part.

    Et vous mourrez aussi de vos propres agissements, je vous le dis, en vérité.

   Eh bien soit, tuez donc, anéantissez, réduisez, il est sans doute dans l’ordre du monde qu’il en soit ainsi. Nous ne saurions vous empêcher d’aller au bout de votre tâche ingrate et qui sans doute est inéluctable. 

   Quand vous aurez fini votre travail, qu’il ne restera plus qu’une poignée des vôtres et tout aussi peu des nôtres, que le monde sera réduit à la nuit noire et au chaos, alors, peut-être, la lumière reparaîtra.


   Alors, peut-être, nous saurons vivre et goûter à la paix. Ensemble.



Tous droits réservés: Héloïse Combes, 8 mars 2014.

jeudi 26 février 2015

Prière de ne pas déranger


   Il existe un pays où, même en plein cœur de l’hiver, les peines sont douces et de la même étoffe dense que sont les brumes qui s’attardent.

   Il existe un pays où, même en plein cœur de l’hiver, les larmes sont claires et vives comme l’eau des ruisseaux qui courent à travers les sous-bois.

   Le chagrin y a la rudesse et la franchise du vent qui malmène les arbres nus et s’engouffre en feulant dans les maisons en ruines.

   Ne me dérangez pas, j’y dors,
   Ne me dérangez pas, j’y rêve,
   Et quand je m’y éveille, j’y cours, j’y danse, j’y tombe, je m’y écorche les genoux sans que ça m’empêche d’aller plus avant à travers les ronces, zébrée de sang et de boue, les cheveux embroussaillés, l’air ensauvagé qu’ont les enfants gitans.


   Et ça me plaît.

   Foutez-moi la paix avec vos villes obligées, avec les ambitions que vous avez pour moi, avec vos promesses d’amour au carré dans des maisons carrées dans le grand lit carré du quotidien.
Vous finiriez presque par réussir à me briser le cœur à force d’insister avec vos gueules innocentes...

Laissez-moi au dépouillement et à la rigueur de mes chemins d’hiver.

Ce que j’y aime ? Tout. 



   Ce que j’y trouve de nouveau, chaque matin depuis tant de matins ? 

   Tout, absolument tout, sans cesse renouvelé, toujours parfait, de la vieille souche couverte de mousse à la corneille sur la branche du chêne, du reflet sur la mare à la noirceur renfrognée du ciel qui soudain se déride et laisse paraître le front blême d’un soleil convalescent, des maisons murées dans un silence profond à la Creuse qui coule inlassablement ses eaux sombres… Et d’exister, miraculeusement, au milieu de tout ça.

   Souvent, cheminant, je touche l’écorce des arbres. Ce n’est pas pour m’assurer qu’ils existent –ça, je n’en doute pas-, c’est pour vérifier que je suis bien vivante moi aussi parmi eux.
Et je le suis, même en pleurs, même toute barbouillée de ce chagrin que vous m’avez collé, même et surtout en ces contrées que l’hiver s’acharne à résumer à des champs boueux bordés de haies ratiboisées, à des forêts grelottantes et des villages fantômes.

   Il a beau grincer des dents, se fendre de quelques colères de vieux grincheux, il n’est pas si terrible, ce pauvre hiver moribond, et je le crains bien moins que vos chimères.




   Laissez-moi dormir,
   Laissez-moi rêver,
   Laissez-moi pleurer,

   De ces larmes naîtront des fleurs.























    J’ai vu la semaine dernière les premiers perce-neiges –comme une ébauche de sourire angélique à ras de terre...

   Ne comprenez-vous pas, j’attends simplement le printemps...

   Il faut parfois beaucoup de larmes, se vider le cœur, se nettoyer les yeux jusqu’au fond, pour être apte à le recevoir dignement, le printemps, si beau en ces contrées,
Beau et neuf comme le premier matin du monde avec ses jacinthes sauvages, son explosion de vert, ses bois aux mille oiseaux chanteurs,
Le printemps avec ses averses suivies d’or en gouttes suspendues aux toiles d’araignées, ses ciels purs aux nuages effilochés où tournent les rapaces...

   J’attends le paradis, le vrai, je le sens qui point déjà en moi quand la sève monte aux arbres, alors, chut, vraiment, laissez-moi, c’est une grande chose qui se prépare en mille fourmillements,
Une chose comme une rupture, comme une naissance,
Une chose comme un sourire dont la pureté écorche,
Une chose qui marie l’éphémère et l’éternité,
Une chose qui proclame l’enfance souveraine.

   Si vous ne voulez pas y goûter avec moi, prière de ne pas déranger,
D’aller brandir ailleurs vos paradis de pacotille.

Merci.


Héloïse 


Texte et photographies Leica M3: Héloïse Combes 2015.

dimanche 15 février 2015

Marie


Elles étaient bleues, Marie
Bleues, mes veines, souviens-toi
Il était bleu, Marie
Bleu mon cœur, comme un’ fleur d’hortensia

Toi tu l’as mis entre tes dents
Que tu as en croissants
Tu l’as déchiré sur le ciel
Bleu, Marie, filé dans la dentelle

Que font les nues avec tes mains
Roses, Marie, si roses
Avec tes lèvres, avec tes seins
Roses, Marie, et mon cœur, pauvre chose

Petit drapeau que tu brandis
Que tu jettes, que tu poses
Fleurette au bout de ton fusil
Haut, mon cœur, si haut qu’il en explose

En mille éclats coquelicots
Rouges, rouges pétales
Virevoltant avec tes voiles
Rouges, Marie, puis tombant en lambeaux

Ils étaient blancs, Marie
Blancs, mes rêves, je t’aime
Ils étaient blancs, ma vie,
Blancs mes bras, comme des miches blêmes

Tu les as fendus de tes doigts
Creusé une rivière
Brune de sang, brune de toi
Brunes ma mie, tes ailes, ta lumière

Ils étaient doux, Marie
Doux, mes yeux, ma neige
Ils ont brûlé, Marie, ma vie
Noirs, mes yeux, avec tes sortilèges

Ils ne sont plus que ces charbons
Calcinés, éhontés
Cailloux qui fuient sous tes pieds ronds
Fuient, Marie, de peur de te souiller

Elles étaient bleues, Marie
Bleues, mes veines, souviens-toi
Il était bleu, Marie
Bleu mon cœur, comme un’ fleur d’hortensia
Ils étaient blancs, Marie,

Blancs, mes rêves, je t’aime...

Poème et photographie au Leica M3 : Héloïse Combes 2015, tous droits réservés.

samedi 15 novembre 2014

Session d'enregistrement.




Ce furent quatre jours intenses…
Quatre jours de musique, de concentration, de rires, d’émotions partagées…

Pour enregistrer mes chansons, j’avais la joie d’avoir à mes côtés trois musiciens tant talentueux qu’humainement adorables : Guilam au piano, à la guitare et au ukulélé, tout en douceur, écoute et subtilité. Janice Renau au violoncelle nous a apporté ses sonorités chaleureuses et son énergie pétillante. Et Goffredo Degli Esposti, tout droit venu d’Italie, a posé des accents de flûtes et tambour médiévaux sur mes compositions.
Domi, ingénieur du son ; et Franck, responsable du studio, ont su, en plus de leurs compétences, nous entourer d’amitié et d’attentions touchantes.

Bref, comme je disais, ce furent quatre jours intenses… et beaux, très beaux.
Merci, du fond du cœur, à vous cinq, pour cette tranche de vie musicale et humaine.

La musique est « dans la boîte », reste à passer à l’étape du « mixage ». Je devrais bientôt pouvoir vous faire entendre un premier aperçu de ce disque à venir. Vous y retrouverez des accents du premier album, mais aussi un souffle nouveau, ces touches médiévales, comme un pont entre deux univers et un retour au sources pour moi qui aime tant cette musique et l'ai un peu chantée...
En attendant, voici un petit aperçu de ces jolis moments, en photos et vidéo. Merci Francky !

Bises à tous,
Héloïse













Photos et vidéo : Franck Villeméjeanne, tous droits réservés. 

jeudi 28 août 2014

Surimpressions



C’était en novembre à minuit
Peut-être plus loin dans la nuit
Le lendemain, les yeux bleuis
Larmes de sang, ô mon ami
Parti, parti…

Petite fleur noire, mes farfadets
Mes doux démons, chères amours envolées

L’automne se meurt, mes insomnies
Ont la peau dure, des dents de scie
Douces mes lèvres, vide le lit
Où vont les princes après la vie ?
La vie, la vie…

Petite fleur noire, mes farfadets
Mes doux démons, chères amours envolées

Le brouillard a tout envahi
Vallées, châteaux, sombres logis
Cheveux-coton, face pâlie 
Déjà je perds tes yeux chéris
Chéris, chéris…

Petite fleur noire, mes farfadets
Mes doux démons, chères amours envolées

Ô feux follets, spectres, folies
Tournez sous mes yeux ébahis
Songe, mensonge, la lune rit
Lève l’espoir, l’amour revit
Revit, revit…

Petite fleur noire, mes farfadets
Mes doux démons, chères amours envolées


Poème et photographies Leica M3 : Héloïse Combes 2014
Tous droits réservés




mardi 24 juin 2014

Regards d'artistes, regards d'amour

Regards d'artistes, regards d'amour...

Parce qu'ils offrent au monde une clé vers le haut, une clé vers le beau, une clé vers la paix,
Parce qu'ils nous font rêver, parce qu'ils nous font Croire... 

Illustres ou trop méconnus,
Musiciens, chanteurs, écrivains, dessinateurs, sculpteurs... 

Passeurs de musiques oubliées qu'ils font revivre avec fougue et talent, troubadours des temps modernes, magiciens des mots, chercheurs d'étoiles, de cailloux ou de perles rares, modeleurs de formes nouvelles...

Artistes variés, atypiques, uniques et unis par ce souffle de Vie , MERCI, le monde a tant besoin de vous... 


Le Grand Jordi Savall, violiste, chef de choeur, chef d'orchestre, homme de Paix et de Savoir... 


Patrizia Bovi et quelques musiciens de l'ensemble Micrologus ( Goffredo Degli Esposti, Simone Sorini et Gabriele Miracle), passeurs éclairés d'un répertoire médiéval injustement oublié...


Yvon Repérant, claveciniste, inlassable amoureux de la musique ancienne et baroque.


Guilam, auteur-compositeur, chanteur, inventeur de mots et de mélodies, passeur d'émotions.


Joséfa, auteur-compositrice, chanteuse , donneuse de joie !



Georges Lemoine, illustrateur, dessinateur, éternel rêveur amoureux des oiseaux et des fleurs...


Guy Baudat, sculpteur, artiste inclassable, atypique, Homme Libre. 


Joëlle Combes, auteur, poète, Battante !


Merci à vous,
Vive la Vie !
Et merci à mon Leica capteur d'étoiles et à J-Claude qui veille, là-haut.

Héloïse


Photographies : Leica M3, Héloïse Combes 2014 tous droits réservés. 






vendredi 6 juin 2014

Les intermittents au festival de Maguelone...

   Il était une fois…

   Des musiciens qui menaient un travail acharné pour faire redécouvrir un répertoire oublié et qui s’apprêtaient à donner en concert un programme préparé des mois durant sans beaucoup d’aide, sans beaucoup de moyens mais avec amour, talent et modestie. 
Cet ensemble –l’ensemble Micrologus, dirigé par Patrizia Bovi, créé en 1984 par des musiciens ombriens dans le but de contribuer à la redécouverte et l’interprétation de la musique médiévale – s’apprêtait à monter sur scène lorsqu’ont débarqué des intermittents en colère.

   C’était hier soir, sous les voûtes de la belle cathédrale de Maguelone.
La colère des intermittents, étant artiste moi-même, je suis bien placée pour la comprendre et la trouver juste.

   Mais hier, j’ai eu honte.
   Honte de voir des gens sensés représenter le monde du spectacle et de la culture adopter des manières dignes de certaines forces obscures, débarquant dans un festival défenseur de « minorités musicales » avec des souliers qui cognent, des mines renfrognées et des yeux fuyants cachés derrière des banderoles aux slogans tout prêts, sans organisation, sans avoir pris soin de savoir où ils débarquaient et qui ils avaient en face.
Honte de les voir arc-boutés contre des artistes pourtant ô combien compréhensifs et ouverts. Honte de les voir s’acharner à enfoncer la mauvaise porte au mauvais moment. Honte de les voir anéantir le travail de ceux qui s’évertuent à faire connaître la beauté et la rareté pendant que les « vedettes » dorment tranquilles ; de les voir s’attaquer aux « petits » plutôt qu’aux gros poissons, aux survivants plutôt qu’aux puissants, aux gens de passion plutôt qu’aux gens de pouvoir.

   C’était petit, c’était grossier.
Le tout sans portée extérieure, sans médias présents... Juste la stupéfaction du public.

   L’ensemble arrivé d’Italie a fait face avec une grande dignité, a tenté un dialogue attentionné, a proposé de jouer devant la scène occupée, puis a fini par se retirer face à l’acharnement.

   Les musiciens de cet ensemble m’ont profondément émue, tant par leur savoir-vivre, leur pudeur, leur générosité, leur ouverture d’esprit, que par leur virtuosité musicale.
Chers Patrizia, Goffredo, Gabriele, et vos collègues : je n’oublierai jamais le privilège que j’ai eu d’assister à votre brillante répétition, de photographier vos visages concentrés et vos précieux instruments, puis cette fin de soirée finie à cinq, triste mais douce, douce mais triste…

   Je n’oublierai pas non plus l’absurdité de cette annulation, ni ces phrases saisies au vol que prononçait une dame ayant assisté la veille à l’annulation de la Traviata à l’Opéra Comédie et qui disait à peu près ça : « Hier, face à une grosse structure, à une portée médiatique, et sachant que les musiciens fonctionnaires n’en seraient pas trop pénalisés, je les ai soutenus et compris. Mais ce soir c’était lamentable. En plus d’avoir été néfastes aux autres ils se sont tiré une balle dans le pied. »

   Chers collègues et amis intermittents, je vous souhaite de tout cœur d’obtenir gain de cause… Mais hier, à la cathédrale de Maguelone, ceux qui vous représentaient si lamentablement, ont-ils voulu vous suicider ??...

Héloïse Combes , 6 juin 2014.



P.S. Je précise que ce n’est là que mon opinion, je ne suis porte-parole de personne et ne véhicule que mon propre ressenti.





Pendant la répétion : Photo Leica, Héloïse Combes